Les singes de la sagesse
Ça vous dit quelque chose ? Probablement pas. Pour un meilleur référent, vous vous souvenez la campagne de la boutique Aldo d’il y a quelques années : No see, no hear, no speak ? Avant d’être un mini-succès commercial, il s’agit avant tout d’un proverbe oriental représenté par les trois petits primates se cachant chacun un appendice relié à une fonction primaire de la communication.
No See
Ne rien voir. Avancer impunément sur une voie le nez si élevé qu’on ne s’aperçoit même plus que la gargantuesque autoroute de jadis a fait place à une mince et étroite bande de verre à la solidité chancelante. S’enfoncer avec un zèle d’assurance avec de véritables œillères, faire fi de tout ce qui entoure, tout ce qui apparaît comme une évidence pour tous, mais qui ne demeure pour soi qu’une abstraction totale cachée dans la périphérie voilée du regard.
Ne rien voir pour ne rien voir. Gardez la tête volontairement aussi basse afin que de ne suivre ses propres pieds. Être si obnubilé par sa propre démarche, son rythme, sa cadence au point d’en oublier l’autre. Garder presque sciemment les yeux fermés afin de ne pas voir ce tracé qui fusionnait autrefois se ramifier de plus en plus en deux parties distinctes.
Refuser de voir est la première étape. Il s’agit d’un court – relatif – moment de déni où l’on prétend bien des choses afin de ne pas s’enfoncer au cœur même de ce qu’il faut. C’est l’option la plus facile. C’est se baser sur la possibilité d’un Éden lointain où tout mal disparaîtra, d’une utopie future qui se trouve en réalité aussi près que celle d’un monde égalitaire en paix dans lequel le débat Halak/Price est clos (sérieusement, je m’en cri** tellement by the way).
No Hear
Ne rien entendre. Quoique la nouvelle variante devrait plutôt être : ne rien écouter. Réflexe intrinsèque relatif à nos récentes us et coutumes sociétales. Lorsque l’évitement devient impossible, lorsqu’on arrache violemment le bandeau des yeux, forçant l’individu précédemment lové dans sa pénombre à affronter la douloureuse lumière cinglante de la réalité, il faut écouter. Il s’agit de cette intersection où il ne reste plus qu’à choisir entre la voie ultime du déni cristallisant une façade présumant qu’on entend entièrement les mots, les sons que nous dicte l’autre qu’on n’écoute pas ou non.
Écouter demande une certaine dynamique, une rétroaction par laquelle on prend vraiment connaissance, on s’imprègne des dires d’autrui afin de pouvoir lui répondre efficacement à notre tour.
Tu as sonné des cloches que je n’ai pas entendues.
Tu as dit des choses que je n’ai pas écoutées.
Conséquences de nombreuses fausses alarmes, me laissant dans un état léthargique où même si j’eus les deux jambes embrasées et à moitié-décharnées que je n’aurais pas cru au brasier que tu hurlais présent.
J’ai abandonné ma vigilance. J’ai courbé l’échine sous le poids des reproches sans jamais vraiment chercher à m’en repentir entièrement, n’endossant que les torts sans jamais en discerner les causes pour les redresser.
No Speak
Ne rien dire. Parce qu’on demeure sans voix. Parce que je suis peut-être davantage fautif et qu’on n’accorde rarement la même clémence à l’égard du bourreau que du supplicié. Parce que je suis un homme, non un garçon, et qu’il ne nous est pas permis de vraiment le faire. Parce qu’on –je- ne sait pas le faire non plus. Parce que ça ne sert à rien ou plutôt parce que ça parait ainsi.
Parce que tu me l’as demandé incessamment, que je ne l’ai jamais fait et qu’un caractère d’opposition comme le mien ne pense qu’à faire irrévocablement le contraire de ce que les gens demandent, particulièrement chez les êtres aimés.
Ne rien dire pour ne pas choquer. Pour ne pas alerter. Pour ne pas accepter. Pour ne pas dramatiser. Pour ne pas déranger autrui. Pour ne pas paraître faible.
Mais surtout…ne rien dire, car on ne sait quoi dire et que cela justifie au moins de faire ce qui peut encore l’être : écrire.
Pour toi, pour moi, parce que.
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